Facile et impossible

Dans ma longue pratique d’accompagnement de personnes en difficulté, j’ai appris à bannir ces deux mots.

En premier lieu le mot “facile”, car rien n’est jamais facile. Je n’ai jamais connu, dans mon contexte privé ou professionnel, de personne qui ait pu me dire que sa vie avait toujours été facile. La vie nous envoie souvent des épreuves que l’on doit surmonter. Ces épreuves sont nombreuses et variées.

Ce qui peut sembler “facile” pour quelqu’un peut représenter une véritable catastrophe pour d’autres. C’est cette notion qui fait souvent que notre entourage ne prend pas vraiment la mesure des difficultés et des souffrances dans lesquelles nous sommes.

Vu de l’extérieur, les gens qui nous entourent ne comprennent souvent pas comment on peut être déstabilisé par une situation qui semble “facile” ou, lorsqu’ils en ont conscience, ils sont incapables d’imaginer notre désespoir et notre désarroi.

Lorsqu’il s’agit de “s’attaquer” au problème, de faire face à ce qui nous fait souffrir ou nous déstabilise, souvent on se sent découragé parce que l’on pense que ce n’est pas “facile”.

Mais encore une fois, rien n’est jamais facile. Il faut beaucoup de volonté et de courage pour oser regarder en face les choses qui nous font souffrir, pour oser demander de l’aide, pour oser affronter les mauvais souvenirs, oser affronter les personnes qui nous ont fait du mal ou pour tenir dans un contexte de deuil, de violence ou autre.

Parfois, notre cerveau, qui est programmé pour la survie, préfère laisser de côté, voire carrément occulter les causes du problème. Pourtant, comme un ordinateur, il va garder cela en mémoire et le faire ressortir un jour ou l’autre, souvent au moment où l’on s’y attendra le moins.

Qu’il s’agisse d’une souffrance connue, quotidienne, ou d’une souffrance qui a eu lieu dans le passé, mieux vaut la regarder en face, au plus vite et faire en sorte qu’elle devienne suffisamment acceptable pour ne plus empoisonner notre vie, car chaque jour passé à souffrir est un jour perdu pour accéder, si ce n’est au bonheur de vivre, du moins à un bien-être auquel on a droit.

Le deuxième mot que j’ai rayé de mon vocabulaire, c’est le mot “impossible”. Car j’ai vu des situations qui se sont résolues, presque par miracle. J’ai vu tellement de personnes revenir de si loin, reprendre goût à la vie, refaire des projets, sourire à nouveau, sortir de situation qui semblaient inextricables, que, pour moi, rien n’est impossible. Mais pour cela, il faut tenir debout, car pour avancer, il faut pouvoir mettre un pied devant l’autre. Il faut pouvoir se relever, quels que soient les coups reçus, pour avancer sur le chemin de la vie, car, j’en suis persuadée, nous avons tous une mission à accomplir dans notre passage sur cette terre.

Certes, en théorie, tout est tellement simple. La réalité est souvent bien plus ardue et parfois les forces nous manquent. Pourtant, même une toute petite pierre à la fois, il est possible de construire le temple de votre vie et lorsque même une petite pierre devient trop lourde, au moins ne pas déconstruire ce qui a déjà été construit quand bien même la tentation d’en “finir” est grande.

Dans les contextes très difficiles, qui semblent insolubles, il faut parfois se contenter de tout petits riens. Le sourire d’un enfant dans la rue, un coucher de soleil, un oiseau qui vient se poser sur le bord de la fenêtre… prendre tout ce qui peut mettre du baume au cœur.

Il y a une histoire que j’aime beaucoup et qui illustre mon propos. C’est l’histoire de deux grenouilles, qui se baladent et qui voient une fenêtre de cave ouverte. Leur curiosité les pousse à aller voir et elles sautent par la fenêtre. Manque de chance, elles tombent dans un pot de lait, dont elles n’arrivent plus à sortir. Alors elles nagent, nagent, nagent encore. Après plusieurs heures, une des deux dit à l’autre qu’elle n’en peut plus, que jamais elles ne s’en sortiront, qu’elle est épuisée et qu’elle abandonne, et elle se laisse couler au fond. La seconde se dit que, tant qu’elle vivra, elle se battra. Elle continue donc à nager, nager, nager…. Et le lendemain matin, on retrouve notre grenouille totalement épuisée, mais saine et sauve sur une motte de beurre, sur laquelle elle pourra prendre appui pour sauter hors du pot.

J’aime cette histoire car elle montre que, lorsqu’on choisit de se battre, il finit par avoir une issue à une situation qui semble pourtant impossible au départ, et que parfois, cette solution arrive d’une manière à laquelle on n’aurait jamais pensé.

Donc ne craignez pas d’affronter la vie parce qu’elle n’est pas facile, et ne pensez jamais que c’est impossible, gardez toujours espoir. C’est ce que je vous souhaite aujourd’hui et je vous envoie les ondes positives de cette petite grenouille qui, posée sur son nénuphar, profite simplement du soleil et de la vie.