Le “cancer” émotionnel

C’est ainsi que je nomme cette souffrance qui vient se loger tout au fond de l’être, qui pèse si lourd, et dont autant de personnes sont atteintes.

Ce ne sont pas les épreuves qui manquent pour que ce terrible mal, ce mal de vivre, se mette à nous ronger. Cela peut commencer brusquement, par un événement imprévu qui nous tombe dessus comme la foudre. Cela peut être dû à une agression que l’on a subie. Cela peut aussi commencer par quelque chose de presque sans importance, puis, petit à petit, progresser insidieusement, s’installer sans qu’on y prête garde, pour finir par nous grignoter de l’intérieur.

Lorsque les personnes en sont atteintes, souvent, elles ne trouvent plus de sens, ni de force à continuer de vivre. Le simple fait d’être là aujourd’hui, et d’envisager de l’être encore demain, requiert une énergie telle qu’elle ne laisse plus de ressource pour faire autre chose. Que l’on soit seul, en famille, en groupe, au travail ou aux loisirs, cette souffrance se rappelle à nous à chaque instant. C’est un poids que l’on porte, ce sont des lunettes sombres qui se sont posées devant nos yeux et qui nous font voir le monde terne et sans intérêt.

On aimerait pouvoir crier… on aimerait parfois juste pouvoir pleurer, on aimerait avoir quelqu’un à qui en parler, et surtout quelqu’un qui comprenne, mais, au contraire, l’entourage souvent n’a aucune idée de ce qui se passe à l’intérieur, et ce d’autant plus lorsque la situation familiale ou professionnelle semble “idéale” vue de l’extérieur et qu’on n’a pas de “raison” d’aller mal.

Cependant, qu’on le ressente comme un poids qui pèse lourd ou comme un gouffre infini à l’endroit de notre cœur, ce mal-être est omniprésent. Souvent d’ailleurs on s’en veut car on n’en trouve pas la cause et on se sent incapable de s’en sortir, ce qui n’améliore pas la situation, déjà si difficile à supporter. On pense aussi à en finir… non pas pour se priver des années qui nous restent à vivre, mais juste parce que c’est la seule solution qui nous semble possible pour que ce mal s’arrête.

Pourtant, il existe des moyens de guérir de ce mal… et qui sont beaucoup moins destructeurs que ceux utilisés pour les cancers physiques. Parmi ces moyens, il peut y avoir l’estime de soi… Cesser de s’en vouloir, cesser de culpabiliser, cesser de ne pas être à la hauteur de la barre qu’on a nous-même placée trop haut pour pouvoir l’atteindre en ce moment. C’est un difficile exercice que d’avoir de la compassion pour soi-même et pourtant c’est possible.

Il y a aussi le fait de regarder toutes nos réussites, en lieu et place de rester bloqués sur nos échecs, le fait de se dire que nous ne sommes pas responsables du tort que l’on nous a fait, le fait de se dire que nous avons de la valeur, en premier lieu pour nous -même et ensuite pour les autres aussi.

Songez que parmi les presque 8 milliards d’individus sur cette terre vous êtes unique… Et si vous êtes cette personne unique, c’est que cela a sa raison d’être. Sans tomber dans le fatalisme, il faut peut-être accepter parfois les coups durs de la vie comme des leçons qui vont nous rendre plus forts… (attention, encore une fois je n’ai jamais dit que c’était facile… mais je maintiens que c’est possible). Faire la difficile démarche d’être dans l’instant présent… juste au moment où nous le sommes. Que l’on fasse des courses, le ménage, au travail ou en voiture, tenter de prendre de plus en plus conscience du moment présent. Cela permet de se débarrasser des souffrances du passé et des craintes de l’avenir.

Je vais vous raconter une petite histoire qui illustre mon propos : il s’agit d’une femme, très pieuse et à qui la vie a envoyé de nombreuses épreuves. A chaque fois qu’elle va à l’église, elle prie et demande à Dieu de lui donner une croix moins lourde à porter. Elle lui dit qu’elle fait tout ce qu’il demande, elle est pieuse, applique à la lettre ses commandements, elle croit en lui, elle aide son prochain et qu’à son tour il pourrait faire un geste en sa faveur. Elle fait cela pendant de longues années et un jour Dieu décide d’accéder à sa demande.

Il la prend donc et l’amène dans une immense grotte, dans laquelle sont exposées des milliers de croix, en bois, en métal, en céramique, en argile, toutes sortes de croix, de toutes les grandeurs, de toutes les couleurs, de tous les poids…. Et Dieu lui dit qu’elle peut choisir celle qu’elle désire. La femme cherche, fouille, soupèse, passe des heures dans la grotte et enfin, elle dit à Dieu : j’ai trouvé celle que je veux… et elle montre une toute minuscule croix au fond de la grotte, la plus petite croix en fait…. Dieu lui dit : c’est celle-là que tu veux ? Oui répond-elle. Dieu lui dit, mais ensuite tu ne pourras plus jamais changer… C’est ok pour moi répond-elle. Alors Dieu lui dit : tu peux la prendre, mais c’est celle que tu avais en arrivant.

J’aime cette histoire car elle nous rappelle que nous avons une raison d’être sur terre, nous avons d’une manière ou d’une autre quelque chose à y faire, et, en quelque sorte une croix à porter, mais que nous avons en même temps les ressources pour l’accomplir. Ainsi, lorsqu’on est rongé par cette souffrance que je nomme “cancer” émotionnel, il y a des moyens d’en sortir, avec de l’amour pour soi, de la compréhension, de la compassion, du non-jugement et de la patience.

C’est ce que je vous souhaite aujourd’hui et je vous envoie les ondes positives de cette petite fleur, qui réussit à pousser et à s’épanouir dans le plus sec des déserts.